Lecture 1ère partie

Le mystère du désir...

de Stephen Vasey

Tiré du livre “De la nécessité d’aimer”, Édition Kairos Verlag © 2002. Recueil de différents auteurs. Allemand & Français

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Sérieusement.

" Justine se sentait heureuse, elle aimait tellement marcher et dépenser son corps en montagne. Cela la rendait physique, elle pensait moins, elle savourait le moment. Elle jeta un regard sur Léopold juché sur le rocher. Depuis là où elle était en contrebas, elle voyait ses chaussures d’aventurier, son pantalon kaki qui laissait deviner le galbe de ses cuisses puissantes, elle soupira. Elle voyait son torse qui dépassait de la chemise, un torse de corsaire, ouvert à tous vents. Et le regard bleu qu’il avait sur le Jungfraujoch était perçant et magnifique ; elle se dit, amusée, qu’il pourrait faire fondre même le glacier. Elle savait que c’était lui qu’elle désirait, elle lui dirait oui, qu’il lui demande seulement ce qu’il veut, elle se donnerait comme elle ne s’était jamais encore offerte. "

" Léopold se sentait fort et en forme. Transpirant légèrement, il sentait la brise caresser ses cheveux. Il appréciait Justine, il l’avait regardée gravir le dernier raide et il avait pu deviner ses formes généreuses et sa vitalité. Il avait même imaginé la surprendre ici, en pleine montagne, qu’il la prendrait dans ses bras et qu’il la soulèverait en un baiser fougueux et profond. Il sentait déjà de l’excitation rien qu’en s’imaginant la déshabiller lentement. Il pensait qu’elle céderait et qu’il pourrait la conquérir comme son dernier quatre mille du mois passé. "

Dans sa version officielle, le désir est une " tendance consciente et suscitée par quelqu’un aux plaisirs sexuels ; ses manifestations physiques ". Mais n’est-il pas parfois aussi une ribambelle d’autres choses ? Appétit, attente, attirance, attrait, besoin, but, caprice, concupiscence, convoitise, cupidité, curiosité, demande, démangeaison, desiderata, dessein, envie, espérance, espoir, exigence, faim, fantaisie, force, goût, inclination, intention, intérêt, libido, passion, penchant, prétention, rêve, soif, souhait, tendance, tentation, velléité, visée, vœu, volonté, vouloir...
Son contraire serait le dédain, l’indifférence, le mépris, la répulsion.

Dans sa version clinique, le désir est un phénomène mental. Il utilise donc l’imagination, la mémoire et l’anticipation. Sa contrepartie physique s’appelle l’excitation. Nous pouvons observer que sa source est en nous, même si son déclencheur se situe vraisemblablement à l’extérieur de nous. Il nous habite dans différentes circonstances et moments : comme à l’adolescence où l’on rêve du noble charmant, des fois sans même connaître son sujet ; puis en présence physique d’un partenaire qui nous attire et dans l’approche et les préludes précédant le coït ; enfin, dans le rapport sexuel lui-même.
Ses manifestations sont personnelles, variées et différentes d’un sujet à l’autre. Mais certains hommes peuvent se retrouver facilement dans le vécu d’autres hommes. Cela est vrai pour des femmes aussi. Il y a une influence possible du conditionnement culturel, personnel et sexuel.

On peut penser qu’il est utile et nécessaire au rapprochement des êtres. Sans lui, y aurait-il couples, enfants, histoires et chansons ? Son intensité peut devenir si grande qu’on dit qu’il déplacerait des montagnes, qu’il nous ferait aller jusqu’au bout du monde.



Anatomie du désir sexuel.


A l’étudier de plus près, nous pouvons discerner trois phases d’une séquence, cela dans un modèle général de santé. Voici une présentation succincte de ces trois temps.


La présence érotique ou sexuelle :
État d’ouverture et de disponibilité érotique, sans objet ni but à réaliser. La personne se sent érotiquement réceptive, elle est relativement réveillée sexuellement, capable de vibrer à des stimuli internes (danses, fantasmes, rêveries, etc.) ou externes (ambiances excitantes, lieu chargé, etc. ). Il y a une acceptation relative de sa sexualité, donc il n’y a quasi pas ou peu de jugements négatifs ou défensifs à son sujet. Cela fonctionne un peu comme l’appétit en rapport avec l’alimentation.


Le désir érotique ou sexuel :
Etat psycho-affectif qui profite de la réceptivité érotique et qui est déclenché par un sujet d’attraction. On observe de manière générale que chez la femme, le déclencheur du désir est plus diffus et se manifeste de manière plus globale, plus complète. Il est peut-être aussi constitué d’impressions et de sensations. Chez l’homme, le déclenchement est le contact visuel et l’imaginaire, leur perception est le résultat d’une sélection de " morceaux " du sujet (de l’objet) d’attraction. Pour la femme, comme pour l’homme, il y a une envie de rapprochement et d’union corporelle.


L’excitation érotique ou sexuelle :
Elle se manifeste de manière psychique et physiologique. Une tension émotionnelle, une sensation agréable d’envahissement progressif se développent. Certaines réactions physiques comme la lubrification vaginale, la tumescence du clitoris et des mamelons, l’élévation de l’utérus, l’augmentation du rythme cardiaque s’observent chez la femme. Le fait d’être vue, désirée et touchée par le partenaire aura le plus d’influence sur ces processus d’excitation.
Chez l’homme, l’excitation se manifeste par l’érection du pénis et l’accélération du rythme cardiaque, stimulées par la vision de la partenaire. Les bourses peuvent se resserrer et s’élever, la respiration devient plus généreuse, le regard peut changer et devenir plus déterminé, etc.


Remarques :
Ce modèle a le mérite de discerner trois temps ou étapes différents vécus de manière parfois singulière par les hommes et les femmes. Je crois qu’il est important de considérer qu’une femme ou un homme puisse ne pas se reconnaître dans leur modèle ou dans ces descriptions. Le but n’est pas de réduire mais de contribuer à décrire de manière plus consciente ce que nous vivons innocemment, voire automatiquement.
Il est à noter aussi que chacune de ces trois étapes peut constituer le terrain d’une profonde satisfaction, ou d’une relative inconscience, d’une indifférence ou d’un détachement.