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Sérieusement.
" Justine se sentait heureuse, elle aimait tellement marcher et
dépenser son corps en montagne. Cela la rendait physique, elle
pensait moins, elle savourait le moment. Elle jeta un regard sur
Léopold juché sur le rocher. Depuis là où
elle était en contrebas, elle voyait ses chaussures
d’aventurier, son pantalon kaki qui laissait deviner le galbe de
ses cuisses puissantes, elle soupira. Elle voyait son torse qui
dépassait de la chemise, un torse de corsaire, ouvert à
tous vents. Et le regard bleu qu’il avait sur le Jungfraujoch
était perçant et magnifique ; elle se dit, amusée,
qu’il pourrait faire fondre même le glacier. Elle savait
que c’était lui qu’elle désirait, elle lui
dirait oui, qu’il lui demande seulement ce qu’il veut, elle
se donnerait comme elle ne s’était jamais encore offerte.
"
" Léopold se sentait fort et en forme. Transpirant
légèrement, il sentait la brise caresser ses cheveux. Il
appréciait Justine, il l’avait regardée gravir le
dernier raide et il avait pu deviner ses formes
généreuses et sa vitalité. Il avait même
imaginé la surprendre ici, en pleine montagne, qu’il la
prendrait dans ses bras et qu’il la soulèverait en un
baiser fougueux et profond. Il sentait déjà de
l’excitation rien qu’en s’imaginant la
déshabiller lentement. Il pensait qu’elle céderait
et qu’il pourrait la conquérir comme son dernier quatre
mille du mois passé. "
Dans sa version officielle, le désir est une " tendance
consciente et suscitée par quelqu’un aux plaisirs sexuels
; ses manifestations physiques ". Mais n’est-il pas parfois aussi
une ribambelle d’autres choses ? Appétit, attente,
attirance, attrait, besoin, but, caprice, concupiscence, convoitise,
cupidité, curiosité, demande, démangeaison,
desiderata, dessein, envie, espérance, espoir, exigence, faim,
fantaisie, force, goût, inclination, intention,
intérêt, libido, passion, penchant, prétention,
rêve, soif, souhait, tendance, tentation, velléité,
visée, vœu, volonté, vouloir...
Son contraire serait le dédain, l’indifférence, le mépris, la répulsion.
Dans sa version clinique, le désir est un
phénomène mental. Il utilise donc l’imagination, la
mémoire et l’anticipation. Sa contrepartie physique
s’appelle l’excitation. Nous pouvons observer que sa source
est en nous, même si son déclencheur se situe
vraisemblablement à l’extérieur de nous. Il nous
habite dans différentes circonstances et moments : comme
à l’adolescence où l’on rêve du noble
charmant, des fois sans même connaître son sujet ; puis en
présence physique d’un partenaire qui nous attire et dans
l’approche et les préludes précédant le
coït ; enfin, dans le rapport sexuel lui-même.
Ses manifestations sont personnelles, variées et
différentes d’un sujet à l’autre. Mais
certains hommes peuvent se retrouver facilement dans le vécu
d’autres hommes. Cela est vrai pour des femmes aussi. Il y a une
influence possible du conditionnement culturel, personnel et sexuel.
On peut penser qu’il est utile et nécessaire au
rapprochement des êtres. Sans lui, y aurait-il couples, enfants,
histoires et chansons ? Son intensité peut devenir si grande
qu’on dit qu’il déplacerait des montagnes,
qu’il nous ferait aller jusqu’au bout du monde.
Anatomie du désir sexuel.
A l’étudier de plus près, nous pouvons discerner
trois phases d’une séquence, cela dans un modèle
général de santé. Voici une présentation
succincte de ces trois temps.
La présence érotique ou sexuelle :
État d’ouverture et de disponibilité
érotique, sans objet ni but à réaliser. La
personne se sent érotiquement réceptive, elle est
relativement réveillée sexuellement, capable de vibrer
à des stimuli internes (danses, fantasmes, rêveries, etc.)
ou externes (ambiances excitantes, lieu chargé, etc. ). Il y a
une acceptation relative de sa sexualité, donc il n’y a
quasi pas ou peu de jugements négatifs ou défensifs
à son sujet. Cela fonctionne un peu comme l’appétit
en rapport avec l’alimentation.
Le désir érotique ou sexuel :
Etat psycho-affectif qui profite de la réceptivité
érotique et qui est déclenché par un sujet
d’attraction. On observe de manière générale
que chez la femme, le déclencheur du désir est plus
diffus et se manifeste de manière plus globale, plus
complète. Il est peut-être aussi constitué
d’impressions et de sensations. Chez l’homme, le
déclenchement est le contact visuel et l’imaginaire, leur
perception est le résultat d’une sélection de "
morceaux " du sujet (de l’objet) d’attraction. Pour la
femme, comme pour l’homme, il y a une envie de rapprochement et
d’union corporelle.
L’excitation érotique ou sexuelle :
Elle se manifeste de manière psychique et physiologique. Une
tension émotionnelle, une sensation agréable
d’envahissement progressif se développent. Certaines
réactions physiques comme la lubrification vaginale, la
tumescence du clitoris et des mamelons, l’élévation
de l’utérus, l’augmentation du rythme cardiaque
s’observent chez la femme. Le fait d’être vue,
désirée et touchée par le partenaire aura le plus
d’influence sur ces processus d’excitation.
Chez l’homme, l’excitation se manifeste par
l’érection du pénis et
l’accélération du rythme cardiaque,
stimulées par la vision de la partenaire. Les bourses peuvent se
resserrer et s’élever, la respiration devient plus
généreuse, le regard peut changer et devenir plus
déterminé, etc.
Remarques :
Ce modèle a le mérite de discerner trois temps ou
étapes différents vécus de manière parfois
singulière par les hommes et les femmes. Je crois qu’il
est important de considérer qu’une femme ou un homme
puisse ne pas se reconnaître dans leur modèle ou dans ces
descriptions. Le but n’est pas de réduire mais de
contribuer à décrire de manière plus consciente ce
que nous vivons innocemment, voire automatiquement.
Il est à noter aussi que chacune de ces trois étapes peut
constituer le terrain d’une profonde satisfaction, ou d’une
relative inconscience, d’une indifférence ou d’un
détachement.
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